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Frères d'esprit

 
Les mystiques Bratia po Razumu reviennent sur scène avec un album "easy listening" et quelques anecdotes bizarres. Ils sortent en décembre 2002 un album polyglotte sous le nom magique de "Hokus Pokus"  
 

Bratia po Razumu a démarré au milieu des années 80 comme une formation de Rock souterraine sans lieu de répétition ni moyens techniques. Ils répétaient de manière illégale dans les célèbres studio de cinéma soviétiques Mosfilm en utilisant le matériel sur place. La formation elle-même avait déjà une allure inhabituelle : 2 bassistes, 2 batteurs, 2 claviéristes et 2 chanteurs. Il leur était difficile à l'époque - en tant que groupe non officiel - de se produire en concert. La situation changea radicalement au tournant des années 90 et grâce à leurs nombreux contact dans la contre-culture, ils parvinrent à saisir des opportunités  dont une invitation d'Alexei Borisov à faire la première partie du groupe Américain Sonic Youth en 1991.

Depuis, Bratia po Razumu a connu quelques changement de personnel, a produit quelques albums dont "Albomytch" sur le label Pourpournye Legion en 1998.

Aujourd'hui, la formation comprend :

Igor Chaposhchhikov

Andrei Kireïev

Igor Gotsmanov

Ivan Lebedev

Paval Oganov aka Kambala

Exotica, leur label et ardent promoteur actuel fait circuler des histoires étranges à caractère probablement humoristique et absurde, histoires de petits hommes bleus venus d'une autre planète et qui participeraient à la musique du groupe.

La réalité est bien plus prosaïque puisque la musique ne recèle rien d'autre qu'une toile de fond instrumentale électronique, calme, vaguement naïve, avec un son clair et sans tâche. Rien de magique comme le titre de l'album aurait laissé penser. Un amusant goût pour les langues étrangères et en particulier le français laisse entendre que les OVNI se sont planté d'adresse et ont confondu la Karélie avec le Morvan. Tant pis pour eux. Leur vaisseau spatial a été abattu par l'armée non loin de Saint-Pétersbourg. A chacun d'apprécier le terrible accent lorsqu'ils chantent en français.

L'album se termine sur un amusant morceau conçu à partir de samples d'une marche patriotique soviétique. La dérision, le clin d'oeil dépassionné au passé ambigu du pays est devenu un cliché qu'aiment à répéter nombre de jeunes musiciens russes. La marche se termine sur des huées de la foule.

Musicalement, on n'est pas très loin de F.R.U.I.T.S période Jacuzzi (2001). Il s'agit donc d'une tendance forte de la musique électronique russe actuelle. Sauf que F.R.U.I.T.S. est quant même beaucoup plus intéressant...

Mais pourquoi cette fascination pour les sons proprets et complètement rétrogrades ? Tous les bips et plocs plics qui émerveillaient par leur naïveté chez Kraftwerk ou Clock DVA sonnent d'une manière si désuète aujourd'hui. Il ne manque jamais d'amateurs pour les modes rétro, mais dans ce cas il ne faut pas se draper dans l'apologie de la nouveauté et de l'originalité.

La vérité, c'est que je n'entrave rien du tout au "easy listening". Cette musique me laisse complètement froid, ennuyé. Au delà de 10 minutes, la totale platitude finit par m'exaspérer et je fous le disque à la poubelle.